Site officiel du Monument National: http://www.monument-national.qc.ca
DIG
Dans un village modeste du monde arabe, où le sable indifférent balaie le paysage depuis toujours, l’Histoire vient à la rencontre de trois jeunes adultes. Lorsqu’un archéologue québécois affirme avoir trouvé un site antique dont les secrets remontent à l’origine même de l’humanité, l’excavation pétrolière entamée par une compagnie britannique est interrompue… Et l’attention et les ressources dévouées à cette chasse au trésor d’antan ne feront pas l’unanimité dans la communauté. Portant le legs de leurs ancêtres et de leurs parents, les personnages de DIG mettent à jour leur plus grande difficulté : celle de dire. Qu’y a-t-il d’enfoui sous nos pieds? Au fond de nous? À quoi bon creuser si le sol, toujours, est en mouvement? Dans cette pièce aux accents multiples, qui se dessine à l’ombre de la tour de Babel, trois destins se mesurent à la croisée des origines et du temps qui fuit.
Texte: Marc-André Charron, traductions arabes de Sabine Choucair
Mise en scène: Gabriela Muñoz Frias
Avec: Marc-André Charron, Sabine Choucair, Mireille Tawfik, Mustapha Touil et Robin Edwards.
Pièce en français, anglais et arabe, incluant acrobatie, marionnettes et autres artifices.
Citation:
Tous les peuples l’ont fait: honorer la gloire de leurs dieux en tentant de toucher les cieux, de se rapprocher d’eux. La construction la plus déraisonnable, la plus inspirée fut érigée lors du passage de la préhistoire à l’histoire. On raconte qu’à ce moment, il y avait encore assez peu d’humains pour que tous parlent la même langue.
Les gens qui habitaient Babylone participèrent tous à l’érection de leur imposante Tour. Les hommes et les femmes également, et même les enfants, aussitôt en âge de contribuer. C’était le monument le plus incroyable, le plus ambitieux de tous les temps. Le pied de cette Tour était large comme une montagne, d’innombrables arches et statues ornaient ses murs; à l’intérieur assez de chambres pour accommoder la populace entière ainsi que leurs descendants pour des générations à venir. Et un escalier central massif, montant en spirale et perçant les nuages. L’édification de Babel relevait d’un effort surhumain.
On a réussi une impressionnante construction de la tour de Babel en sable.
Si extraordinaire était la Tour que même Dieu la remarqua. Et l’exemple de beauté et de magnificence qu’elle était l’enragea. Comment osaient-ils élever ce beffroi et tendre vers les Cieux ? Comment osaient-ils se considérer Ses égaux? Comment osaient-ils ?
Tous les personnages se couchent, épuisés, aux abords de la tour.
Il aurait pu tout raser à coup d’éclairs et de météores. Faire trembler la terre d’une telle force ! La Tour se serait abattue et convertie en pont menant vers des continents qu’on ne nommerait Amériques que plusieurs milliers d’années plus tard. Il aurait pu les enfoncer dans le sol et faire de la Tour leur prison ; un hôtel en Enfer. Mais Dieu n’est pas haineux, mis à part le déluge.
Non. Son châtiment fut beaucoup plus habile et à la manière habituelle de Dieu, une bien meilleure leçon pour Son peuple.
Le matin suivant, partout en terre de Babylone, les gens se réveillèrent. Ce ne fut pas long avant que la Tour ne s’effondre. 
Ils se réveillent, et se rendent rapidement compte qu’ils ne parlent plus la même langue. On entend de l’anglais, du français, de l’arabe, et quoi encore… Paniqués, affligés, ils pleurent, crient, se battent. Dans la mêlé, la tour de Babel est massacrée. Tous sauf Jean-Baptiste et Donald sortent.
Les oreilles et les bouches ne s’accordaient plus. Les enfants pleuraient devant leurs parents, devenus incompréhensibles. Les amis de longues dates, maintenant incapables de se nommer entres eux, se fâchaient et s’attaquaient, frustrés d’une solitude qui leur était nouvelle. Une guerre civile dans un immeuble. Babel n’est pas tombée. Elle a implosée. Notre première chicane de famille.